Les Éditions du Moulin-à-Vent
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Le brocanteur de la rue Sainte-Marthe  

une fantaisie policière de Quentin SOPRANO

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photographie de Maëlle Marvaud - Cliquer pour l'agrandir

À peu près tous les premiers mardis matin de chaque mois à 11h, je passe un moment chez ma libraire de la rue Sainte Marthe. Quand je dis ma libraire, en réalité, je devrais plutôt dire l'employée de ma libraire. Ma libraire, Catherine, est une femme d'un certain âge qui a bien compris qu'à partir d'un certain âge, précisément, le sien donc, il ne faut plus "s‘enquiquiner dans la vie", comme elle se plait à le dire à qui veut bien l'entendre.

Tous les matins elle confie donc l'ouverture de la librairie à Amandine.
L'affaire est d'autant plus ardue, que le rideau métallique mériterait un bon coup de révision. Ce n'est pas, heureusement, un de ces rideaux qu'il faut monter avec une manivelle, mais nous n'en sommes pas loin tout de même. Chaque matin, lorsqu'Amandine lève le rideau de fer de la librairie toute la rue en profite. Celle-ci, étant relativement étroite, fait caisse de résonnance et lors de la manœuvre tout le monde sait qu'Amandine est arrivée.

Les "Elle est un peu en retard aujourd'hui !" ou "Tiens mais que se passe-t-il, il y a eu un souci dans le RER ?" égrainent ainsi souvent les matinées de la rue Sainte Marthe du mardi au samedi. Vous aurez compris qu'Amandine n'est pas toujours très ponctuelle.

Ce matin lorsque j'arrive il est un peu plus de 11h 30, je ne suis pas en avance, il faudra que j'écourte mon séjour littéraire. 11h30, c'est l'heure à laquelle le brocanteur sort du café pour rejoindre sa boutique. Mais aujourd'hui celle-ci est fermée. Or, la rue Saint Marthe sans brocanteur, c'est un peu comme la place Saint Marc sans pigeon, ça fait un vide.

"Il n'est pas là Jasper ?" je demande à Amandine lorsque j'entre dans la librairie. Venant de passer devant la boutique voisine et ayant parfaitement constaté la fermeture de celle-ci ma question est un tantinet stupide, j'en conviens intérieurement tout aussitôt.
"Euh ! me fait-elle en relevant le nez de son ordinateur. Je ne sais pas."

Je fais alors diversion, pour ne pas subir la honte de la bêtise de ma remarque, par un "Vous avez bonne mine, ce matin Amandine !"
Remarquez bien, que cette proposition est tout à fait vraie, Amandine a bonne mine ce matin. Il n'y a rien de pire quand on est crevé, qu'on a mal dormi, qu'on a la tête dans sac, de s'entendre dire "Oh tu as l'air en forme ce matin !" Non, au grand jamais je me permettrais cela. Amandine a bonne mine, il me semble donc agréable de le lui signifier, même si cela me sort d'un mauvais pas.

‒ Vous savez qu'on est inquiètes, me coupe-t-elle alors.
Oubliant ma première question je me trouve embarrassé.
‒ Inquiètes ?
‒ Oui, Jasper... Jasper, cela fait plusieurs jours qu'il n'a pas ouvert sa boutique.
‒ Ah oui ?
‒ Oui depuis... tenez... depuis l'autre samedi d'avant.
‒ Dix jours ?
‒ Non, deux semaines : l'autre samedi d'avant.
‒ Ah oui, l'autre samedi d'avant, deux semaines ! Et personne n'a tenté de le contacter ?
‒ Je ne sais pas... mais Catherine m'a dit qu'elle n'avait pas ses coordonnées.
‒ Mhh, je marmonne.
‒ Depuis plusieurs mois, souvent sa sœur le remplace quand il s'absente, mais là, personne.
‒ Il est peut-être en vacances ?
‒ Deux semaines au mois de juin ! Vous plaisantez.
‒ Oh ! Excusez-moi, c'est vrai que ce n'est peut-être pas la meilleure période.
‒ Non, conclue-t-elle alors un peu sèchement.

Quelle sottise que d'avoir pu ainsi insinuer que le broc' pouvait être en vacances au mois de juin. Je décide donc de me faire tout petit et me plonge vers la table des nouveautés sur laquelle trônent les dernières trouvailles de Catherine.

Je n'ai pas le temps de m'attarder longtemps que nous arrive un fracas de la rue, qui nous fait sursauter Amandine et moi...

à suivre...




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1 18 illustrations originales illustrent les 18 chapitres des versions ebook.
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